1 122 jours. C’est le record d’arrêts maladie cumulés en France pour une seule personne sur une décennie, loin devant la moyenne. Derrière ce chiffre, des vies suspendues et des carrières qui déraillent. Lorsqu’une affection longue durée (ALD) s’invite dans le parcours professionnel, elle installe bien plus qu’un simple rendez-vous avec la Sécurité sociale : elle redessine la trajectoire vers la retraite, parfois de façon brutale.
Un arrêt maladie prolongé peut stopper net l’acquisition de trimestres pour la retraite, même si le ticket modérateur n’est plus à payer. Les périodes sous ALD ne sont pas systématiquement considérées comme du temps travaillé. Résultat : le nombre de trimestres validés et le salaire de référence, qui sert à calculer la pension, en prennent un coup.
Les règles sont mouvantes, variant d’un régime de retraite à l’autre et selon la durée de l’arrêt. À la clé, une possible réduction du montant de la pension finale. Ceux qui traversent une ALD, surtout à la fin de leur parcours professionnel, affrontent souvent une perte de droits qui laisse des traces.
Affection longue durée : de quoi parle-t-on et qui est concerné ?
L’affection longue durée, ou ALD, recouvre des maladies lourdes, chroniques, qui réclament un suivi au long cours et des soins onéreux. La Sécurité sociale en dresse la liste : diabète, cancers, sclérose en plaques, insuffisance cardiaque sévère… Plus de 11 millions de personnes en France vivent aujourd’hui avec ce statut, d’après l’Assurance maladie.
Être reconnu en ALD donne droit à une prise en charge totale des soins, sans reste à payer. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Car la maladie implique parfois un arrêt de travail long, voire une incapacité permanente, qui bouleverse le parcours professionnel. Salariés, agents publics, indépendants : personne n’est à l’abri, que l’origine soit une maladie courante, une maladie professionnelle ou un accident du travail. Ce détail a son poids : chaque situation répond à des règles spécifiques pour la retraite.
Voici les principales situations rencontrées et leurs conséquences :
- Pour une maladie qui n’est pas liée au travail, la reconnaissance doit passer par le médecin conseil de la caisse d’assurance maladie.
- Si la maladie est professionnelle ou fait suite à un accident du travail, la validation de certaines périodes comme du travail effectif est parfois automatique, mais il faut répondre à des critères précis.
- En cas d’incapacité permanente, il est possible, selon les cas, d’accéder à une retraite anticipée.
Le cadre réglementaire est dense, mais le parcours reste semé d’embûches : l’accès au statut ALD détermine l’ouverture de droits particuliers, aussi bien pour la santé que pour la retraite. Chaque interruption du travail, chaque arrêt maladie longue durée, peut influer sur la validation des trimestres et sur le calcul de la pension finale.
ALD et carrière professionnelle : quels droits au fil des arrêts maladie ?
Lorsqu’un arrêt maladie longue durée bouleverse un parcours professionnel, une question s’impose : quel impact sur la retraite ? Pour les salariés du privé, la règle est claire. Tant que l’arrêt ouvre droit à des indemnités journalières de la Sécurité sociale, chaque tranche de 60 jours consécutifs permet de valider un trimestre pour la retraite de base, quatre trimestres maximum par an. Pour la retraite complémentaire Agirc-Arrco, ce n’est pas automatique : les périodes indemnisées donnent droit à des points gratuits, mais selon des conditions précises.
Côté fonction publique, la logique diffère. Les arrêts pour affection longue durée, tant que l’agent reste en activité, continuent de produire des droits à la retraite. Une fois la durée légale de congé maladie dépassée, la suspension de la paie coupe net la validation des trimestres, sauf si l’agent part en retraite anticipée pour incapacité permanente.
Pour mieux cerner les spécificités, voici comment les droits évoluent selon le statut :
- Dans le privé, les trimestres de retraite sont validés si l’arrêt est indemnisé ; les points Agirc-Arrco sont attribués sous conditions.
- Dans la fonction publique, les droits sont maintenus durant le congé maladie ordinaire ou longue durée ; ils s’interrompent au-delà.
La bascule entre arrêt, reprise ou invalidité change la donne. Chaque situation mérite une attention particulière : date de début, durée, origine de l’arrêt (maladie professionnelle, accident ou maladie ordinaire) déterminent l’ouverture et le calcul des droits. Plus les périodes d’inactivité s’accumulent, plus la retraite finale peut se retrouver amputée par rapport à une trajectoire sans interruption. Les caisses de retraite et les services RH recommandent d’examiner chaque dossier dans le détail, en tenant compte des arrêts passés et du régime d’affiliation.
Comprendre le calcul de la retraite en situation d’ALD : trimestres, cotisations et pension
Chaque épisode d’affection longue durée vient s’inscrire dans le calcul de la retraite. Les trimestres obtenus pendant un arrêt indemnisé sont intégrés pour la retraite de base, mais ce sont des trimestres dits « assimilés », non cotisés. Leur effet sur le salaire annuel moyen, qui sert de référence pour le calcul de la pension, reste limité, puisque seules les années réellement travaillées et rémunérées sont prises en compte pour ce salaire de référence.
Le principe est simple : 60 jours d’indemnisation donnent droit à un trimestre validé, dans la limite de quatre par an. Pour l’Agirc-Arrco, la règle diffère : le nombre de points accordés dépend du montant des indemnités perçues, souvent plus bas que le salaire habituel. Sur plusieurs années d’arrêt, cela peut faire fondre la pension complémentaire.
Si l’absence se prolonge, la pension de retraite risque de subir une décote lorsque le nombre de trimestres requis n’est pas atteint. Quelques pistes existent pour limiter la casse : le rachat de trimestres pour combler les périodes manquantes, ou l’accès au minimum contributif pour garantir un socle de pension. L’allocation d’invalidité ou l’allocation de solidarité aux personnes âgées peuvent aussi compléter des pensions trop modestes. Pour éviter les mauvaises surprises, il est judicieux de vérifier régulièrement son relevé individuel de situation et d’anticiper l’effet d’une ALD sur ses droits futurs.
Arrêt maladie en fin de carrière : conséquences concrètes sur le montant de la retraite
Un arrêt maladie longue durée juste avant la retraite bouleverse la donne. Certes, les trimestres peuvent encore être validés grâce aux indemnités journalières, mais ces périodes ne servent pas à revaloriser le salaire annuel moyen. Conséquence : le revenu de référence, qui sert de base au calcul de la pension, n’intègre pas ces mois non travaillés. Quand la maladie s’installe sur les dernières années, l’effet se fait sentir sur le montant de la pension.
La situation se complique du côté de la retraite complémentaire Agirc-Arrco. Les points attribués chutent, car les indemnités journalières sont toujours inférieures au salaire perçu en activité. Un arrêt prolongé, juste avant le départ, se traduit par une baisse du nombre de points et donc, du complément de pension. Pour les cadres, l’addition peut être salée. Chaque année incomplète en fin de carrière laisse une marque sur la retraite globale.
- La pension d’invalidité prend le relais si la reprise du travail est impossible, jusqu’à l’âge légal de la retraite où elle s’efface au profit de la pension classique.
- En cas d’inaptitude, le taux plein est garanti sans décote, mais le calcul s’appuie toujours sur les salaires réellement perçus, et non sur la pension d’invalidité.
- Un départ anticipé reste envisageable pour incapacité permanente, à condition de remplir les critères fixés par la réglementation.
Il faut surveiller de près son compte professionnel de prévention, ainsi que la reconnaissance d’une maladie professionnelle ou d’un accident du travail. Ces statuts peuvent offrir des validations de droits supplémentaires, voire ouvrir la porte à un départ plus tôt.
Quand l’ALD s’invite sur le dernier segment d’une carrière, elle impose ses règles, bouleverse les prévisions et oblige à repenser l’équilibre entre santé, droits acquis et futur à bâtir. Face à la maladie, le temps ne suspend pas sa course : il redéfinit les contours de la retraite.


