Qui peut émettre de la monnaie électronique et comment ça fonctionne

Oubliez les vieilles certitudes : la monnaie électronique n’est plus un simple gadget pour technophiles. Elle redessine la carte des paiements, bouscule les banques historiques et impose de nouveaux codes dans la finance. Alors que les banques, longtemps seules à pouvoir créer de la monnaie, voient arriver une nouvelle génération d’acteurs, les fintechs multiplient les solutions innovantes. Cartes prépayées, portefeuilles numériques, applications mobiles : le numérique a vidé la monnaie de ses frontières physiques. Mais cette révolution ne se fait pas sans règles. Pour éviter dérives et pertes de confiance, les autorités financières ont renforcé le contrôle, fixant des cadres juridiques stricts pour chaque acteur du secteur. Les ambitions sont grandes, mais les défis de sécurité et de supervision n’ont jamais été aussi aigus.

Les acteurs habilités à émettre de la monnaie électronique

L’accès à l’émission de monnaie électronique ne s’improvise pas. En France, seuls certains peuvent obtenir le précieux sésame permettant d’émettre et de gérer cette nouvelle forme de paiement numérique.

Établissement de monnaie électronique (EME)

L’Établissement de monnaie électronique (EME) est le principal acteur du secteur. Il s’agit d’une entité morale qui exerce cette activité de façon professionnelle, sous réserve de respecter des normes strictes et de se soumettre à des contrôles réguliers. L’autorisation est délivrée par l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP), qui ne laisse passer aucune négligence.

Autorité de contrôle prudentiel (ACP)

L’Autorité de contrôle prudentiel (ACP) supervise l’ensemble du processus d’agrément des EME. Son rôle consiste à examiner, délivrer et, si besoin, retirer l’autorisation d’exercer. Ce travail se fait en lien étroit avec la Banque de France, afin de garantir que les règles de sécurité et de gestion sont scrupuleusement respectées. Ce binôme veille en coulisse à la solidité du système et à la protection des utilisateurs.

Banque de France

La Banque de France complète ce dispositif. Elle intervient dans la procédure d’agrément, s’assurant que la sécurité et la gestion de la monnaie électronique répondent à des critères irréprochables. Avec l’ACP, elle constitue le rempart indispensable d’un secteur en pleine mutation.

Pour clarifier les missions de chacun, voici les rôles clés qui régissent ce marché :

  • Établissement de monnaie électronique (EME) : entité habilitée à émettre et gérer la monnaie électronique, sous contrôle continu.
  • Autorité de contrôle prudentiel (ACP) : accorde les agréments, surveille et intervient en cas de dérapage, en étroite collaboration avec la Banque de France.
  • Banque de France : partenaire de l’ACP, chargée de garantir la sécurité globale du système.

Les modalités d’émission de la monnaie électronique

Directive DME2 et cadre réglementaire

La monnaie électronique est définie comme une valeur monétaire stockée de façon numérique, représentant une créance sur l’émetteur. Son encadrement législatif s’appuie sur plusieurs directives européennes. La Directive 2009/110/CE (ou Directive DME2) vise à instaurer un marché unique pour ces services en Europe. Elle a remplacé la directive précédente, la DME1 de 2000, qui exigeait des fonds propres particulièrement élevés pour les établissements émetteurs.

Directive 2007/64/CE : exigences prudentielles

La Directive 2007/64/CE introduit des standards de fonds propres pour tous les établissements de paiement, dont les EME. Concrètement, ces structures doivent maintenir un niveau de capital suffisant pour couvrir les risques inhérents à leur activité. Cette exigence vise à protéger les utilisateurs et à garantir la sécurité des transactions opérées en monnaie électronique.

Modalités d’émission et gestion de la monnaie électronique

L’émission et la gestion de la monnaie électronique obéissent à des règles strictes. Pour fonctionner, les EME doivent impérativement :

  • Demander et obtenir l’agrément de l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP).
  • Respecter les exigences de fonds propres définies dans la réglementation européenne.
  • Mettre en œuvre des systèmes de sécurité robustes pour le stockage et le transfert de la monnaie électronique.

L’objectif est clair : créer un climat de confiance, protéger les utilisateurs et favoriser un environnement sûr pour les flux financiers numériques.

monnaie électronique

Les obligations réglementaires des émetteurs de monnaie électronique

Transposition des directives européennes

La France, à l’instar de tous les membres de l’Union européenne, doit intégrer la Directive DME2 dans son droit national. La Commission européenne surveille de près cette transposition et n’hésite pas à rappeler à l’ordre les États qui traînent des pieds. Le Parlement français, lui, débat actuellement d’un projet de loi pour adapter le droit hexagonal aux nouvelles exigences européennes.

Rôle de la Cour de Justice de l’Union européenne

La Cour de Justice de l’Union européenne dispose du pouvoir de sanctionner tout État qui ne respecterait pas les délais de transposition. En clair, la France, si elle manquait à ses obligations, s’exposerait à des sanctions financières. Cette contrainte vise à garantir que les règles du jeu sont identiques pour tous, encourageant une concurrence loyale et la protection des consommateurs au sein du marché unique.

Exigences spécifiques pour les émetteurs

Les acteurs qui souhaitent émettre de la monnaie électronique doivent suivre un certain nombre de règles précises :

  • Obtenir l’agrément de l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP), en lien avec la Banque de France.
  • Maintenir un niveau de fonds propres suffisant pour répondre aux risques opérationnels, conformément à la Directive 2007/64/CE.
  • Garantir la sécurité des plateformes de stockage et de circulation de la monnaie électronique.

Cette discipline s’impose pour éviter les failles dans le système, préserver la stabilité du secteur et rassurer les utilisateurs sur la fiabilité de leurs transactions numériques. Face à une innovation aussi rapide, la vigilance reste de mise : le moindre relâchement pourrait faire vaciller un marché où la confiance est la seule monnaie qui ne se démode jamais.

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